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Joachim
Du Bellay est né près de Liré, en Anjou, au sein d’une famille de notables
provinciaux de grand renom. C’est à Poitiers, où il étudie le droit (1545)
qu’il commence à s’intéresser à la poésie. Il se lie d’ailleurs à cette
époque avec des poètes tels que Jean de La Péruse, Jacques Peletier du
Mans, tous deux futurs membres de la Brigade, mais surtout avec Pierre
de Ronsard, dont il fait la connaissance en 1547, et qui deviendra son
meilleur ami en même temps que son plus grand rival en matière de poésie
et de renommée.
Avec ce
dernier, en effet, il gagne Paris et intègre le collège humaniste de Coqueret,
où il rencontre encore Jean Antoine de Baïf. Ce collège du Quartier latin
est alors dirigé par l’érudit Jean Dorat (qui rejoindra le groupe de la
Brigade à l’invitation de Ronsard), admirateur fervent et traducteur exigeant
des grands auteurs de l’Antiquité grecque et romaine. Du Bellay s’y trouve
bientôt admis dans un cercle restreint de lettrés dont la principale occupation
est l’étude et la pratique des textes anciens et des poètes italiens.
Ce cercle, alors baptisé « la Brigade » (puis plus tard et par hasard,
la Pléiade), prend le parti, pour la première fois après la publication
en 1548 de l’Art poétique du rhétoriqueur Thomas Sébillet, qui préconise
aussi bien l’usage des formes médiévales françaises que des formes antiques,
d’exposer et de développer une véritable théorie littéraire et savante.
En réponse
à Sébillet, avec lequel en réalité le désaccord est mince, et au nom de
la Brigade, Du Bellay rédige une sorte d’art poétique intitulé Défense
et Illustration de la langue française. Dans cet opuscule généralement
considéré comme le manifeste de la Brigade, le poète préconise, contre
les défenseurs du latin et les poètes marotiques, l’usage de la langue
française en poésie. Il appelle en outre de ses vœux l’enrichissement
du vocabulaire par la création de termes nouveaux (abréviations de termes
existants, création de mots composés, réactivation du sens des racines
anciennes, etc.). Les emprunts à d’autres langues, régionales ou étrangères
(grecque et latine notamment), sont également conseillés, à condition
que les mots choisis soient adaptés en français. Du Bellay recommande
aussi d’abandonner les formes poétiques médiévales employées jusqu’à Clément
Marot et préconise l’imitation des genres en usage dans l’Antiquité, tels
que l’élégie, le sonnet, l’épopée ou l’ode lyrique, mais aussi la comédie
et la tragédie.
L’art
du poète, tel que le définissent Du Bellay et ses confrères, consiste
donc à se consacrer à l’imitation des Anciens, tout en respectant certaines
règles de versification spécifiquement françaises ; son but ne doit pas
être celui de distraire seulement, mais de célébrer des valeurs éternelles
et de chanter les louanges des grands hommes, qui se trouvent ainsi voués
à l’immortalité grâce à la beauté des vers.
Du Bellay
met en application ses théories dans l’ensemble de son œuvre poétique.
En 1549, en même temps que le texte de la Défense, il publie l’Olive,
un recueil de sonnets amoureux dédié à Marguerite de France, et dont l’inspiratrice,
s’il en est une, reste à ce jour mystérieuse. Dans sa première édition,
l’ouvrage regroupe cinquante poèmes, mais il est étoffé de soixante-quinze
sonnets en 1550, dans le recueil de l’Olive augmentée. Le succès du sonnet
en France doit sans doute beaucoup à cet ouvrage qui mêle sonnets originaux
et sonnets imités du Canzoniere de Pétrarque.
De 1555
à 1557, Du Bellay vit à Rome, pour y remplir la fonction de secrétaire
auprès de son oncle le cardinal Jean Du Bellay. Ce séjour au pays d’Horace
et de Pétrarque le séduit d’abord, puis le déprime profondément. D’une
santé fragile, isolé par la surdité dont il est atteint, et surtout nostalgique
de son Anjou natal, il ne peut apprécier la beauté de Rome sans amertume
: le spectacle des ruines qui le plonge dans une sombre méditation sur
le déclin de toute chose, lui inspire le recueil les Antiquités de Rome,
publié à son retour en France, en 1558.
Ce recueil
de trente-deux sonnets, suivi d’un Songe de quinze sonnets, d’une tonalité
grave et presque solennelle, reprend un motif traditionnel de la poésie
consacrée à Rome, puisqu’il chante la gloire passée de la Rome antique,
contrastant violemment, aux yeux du poète, avec la Rome dans laquelle
il évolue, celle des papes, où il ne voit que luxure, bassesse et compromission.
Du Bellay renouvelle pourtant ce thème, en élargissant l’objet de sa déploration
à la disparition fatale de toute chose créée, ce qui donne lieu à une
méditation sincère et émouvante sur le temps destructeur et sur la vanité
de l’existence.
À Rome,
il compose aussi son célèbre recueil les Regrets, publié à Paris la même
année que les Antiquités de Rome. Ce recueil de cent quatre-vingt onze
sonnets, à la fois lyrique et satirique, se présente comme le tableau
intime des états de l’âme naturellement insatisfaite du poète, en particulier
de sa nostalgie profonde de la France et de la campagne angevine.
Comparé
aux Antiquités de Rome, les Regrets est, aux yeux de son auteur, un projet
poétique plus modeste, car plus personnel : ce n’est plus Rome qui occupe
ici le devant de la scène, mais la mélancolie et les « regrets » de l’auteur,
saisis au jour le jour et composés dans une langue simple délaissant les
artifices de la rhétorique et le style élevé.
À son
retour en France, Du Bellay publie aussi d’autres recueils de tonalité
plus légère, tels les Divers Jeux rustiques (1558), les Poemata en latin
(1558), ou le satirique Poète courtisan (1559), tout en se consacrant
à des travaux de traduction (comme la traduction de deux livres de l’Énéide
de Virgile ou du Sympose de Platon en 1559), d’imitation des Antiques
(Recueil de poésie revu et augmenté par l’auteur, en 1560) et à la poésie
officielle ou de louange (Louange de la France, en 1560, ou Sonnets à
la Royne de Navarre, publiés à titre posthume en 1561), qui font de lui
l’un des plus éminents spécialistes de son temps.
Revenu
d’Italie en mauvaise santé et épuisé par la maladie, Du Bellay meurt à
Paris à l’âge de trente-sept ans.
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